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Ecran (Travail sur)

FICHE DE DANGER / RISQUE BOSSONS FUTE N°64

(anciennement fiche de SMR n°64)

1. INTRODUCTION

  • La surveillance médicale spéciale du travail sur écran concerne les travailleurs qui utilisent de façon habituelle et pendant une partie non négligeable du temps de travail des équipements à écran de visualisation.
  • Toutefois ne sont pas concernés les équipements suivants :
    • Les postes de conduite de véhicules ou d'engins,
    • Les systèmes informatiques à bord d'un moyen de transport,
    • Les systèmes informatiques destinés à être utilisés en priorité par le public,
    • Les systèmes portables dès lors qu'ils ne font pas l'objet d'une utilisation soutenue à un poste de travail,
    • Les machines à calculer, les caisses enregistreuses, les agendas électroniques et tout équipement possédant un petit dispositif de visualisation de données ou de mesures nécessaires à l'utilisation directe de cet équipement,
    • Les machines à écrire de conception classique dites "machines à fenêtre".

2. PROFESSIONS EXPOSEES

  • Pratiquement tous les postes administratifs
  • Certains magasiniers, vendeurs

3. DESCRIPTION - EVALUATION DU RISQUE

3.1. RAPPEL REGLEMENTAIRE

  • L'employeur transcrit et met à jour dans un document unique les résultats de l'évaluation des risques pour la sécurité et la santé des travailleurs.
  • Cette évaluation comporte un inventaire des risques identifiés dans chaque unité de travail de l'entreprise ou de l'établissement.
  • La mise à jour est effectuée au moins chaque année ainsi que lors de toute décision d'aménagement important modifiant les conditions d'hygiène et de sécurité ou les conditions de travail.

3.2. NATURE DES TRAVAUX

  • Caractère continu ou discontinu de la tâche, obligation de rendement, organisation du travail

3.3. MESURES ET PRELEVEMENTS POUVANT ETRE UTILES

  • Orientation des locaux
  • Luxmétrie et luminancemétrie
  • Niveau sonore
  • Température ambiante
  • Hygrométrie
  • Vitesse de circulation d'air
  • Dimensions du poste de travail

4. RISQUES POUR LA SANTE

4.1. ACCIDENTS DU TRAVAIL

  • Non spécifiques

4.2. MALADIES PROFESSIONNELLES

4.2.1. REGIME GENERAL

  • Tableau n°57 RG : Affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail

4.2.1. REGIME AGRICOLE

  • Tableau n°39 RA : Affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail

4.3. AUTRES

4.3.1. FATIGUE VISUELLE

  • Pas de pathologie de la vision spécifique engendrée par le travail sur écran
  • Signes de fatigue visuelle: lourdeur des globes oculaires, rougeur, picotements, éblouissement
  • Tous ces symptômes disparaissent avec le repos
  • La fatigue visuelle est d'autant plus marquée que le poste est peu ergonomique

4.3.2. SYNDROME DE L'OEIL SEC

Plusieurs facteurs favorisants :

  • La rareté du clignements des paupières
  • La climatisation qui assèche l'air ambiant
  • La présence de polluants dans l'air : fumée de cigarette, poussières...
  • L'émission d'ozone par une imprimante laser

4.3.3. TROUBLES MUSCULO-SQUELETTIQUES

  • Liés à une posture statique et aux gestes répétitifs, ils touchent essentiellement les muscles et les tendons de la nuque, des épaules, des coudes, des poignets, des mains, et de la région lombaire.
  • Le syndrome du canal carpien est le plus fréquent.
  • Les TMS sont influencés par :
    • L'aménagement du poste de travail :
      • appui continuel du poignet pendant la frappe
      • souris trop éloignée du clavier
      • écran placé trop haut
    • Le contenu de la tâche :
      • tâches monotones et répétitives
      • concentration intense
    • Le stress
  • L'alternance des tâches sur écran avec d'autres tâches de bureau, la multiplication des pauses et une ergonomie correcte du poste de travail permettent de réduire le risque de TMS.

4.3.4. STRESS

  • Le travail sur écran peut être un facteur de stress :
    • Modification de l'organisation du travail
    • Travail répétitif : saisie de données
    • Pression du temps

4.3.5. RAYONNEMENTS

  • Les rayonnements émis par les écrans cathodiques couvrent pratiquement toute l'étendue du spectre électromagnétique mais les mesures montrent que le niveau de ces rayonnements sont inférieurs aux valeurs limites d'exposition.
  • Les nouvelles technologies d'affichage (écran à cristaux liquides et écran à plasma) permettent de baisser encore plus ces rayonnements.

5. SURVEILLANCE MEDICALE

5.1. SURVEILLANCE REGLEMENTAIRE

5.1.1. VISITE MEDICALE

  • Examen approprié des yeux et de la vue à l'embauche et lors des examens périodiques : acuité visuelle, phories, vision stéréoscopique, vision des couleurs

5.1.2. EXAMENS COMPLEMENTAIRES

  • Contrôle par un spécialiste si nécessaire

5.1.3. VACCINATIONS : néant

5.2. SURVEILLANCE CONSEILLEE

5.2.1. VISITE MEDICALE

  • Dépistage des maladies professionnelles ou à caractère professionnel : troubles musculo-squelettiques (TMS), allergies, irritations cutanéo-muqueuses, stress, troubles de la statique

5.2.2. EXAMENS COMPLEMENTAIRES

  • Examen de l'audition

5.2.3. VACCINATIONS

  • Rappel DTPolio tous les 10 ans

5.3. SUIVI POST PROFESSIONNEL

  • Néant

5.4. DOSSIER MEDICAL

  • Pas de durée réglementaire de conservation du dossier médical mais la prescription en matière de responsabilité médicale est de dix ans à compter de la date de consolidation d'un dommage éventuel.

6. ACTIONS PREVENTIVES

6.1. PREVENTION TECHNIQUE COLLECTIVE

6.1.1. ERGONOMIE DE CONCEPTION DES LOCAUX

6.1.1.1 Les locaux
  • Locaux de taille suffisante :

Le code du Travail impose par personne :

  • pour les locaux disposant d'une aération naturelle, un volume d'air minimum de 15 m3
  • pour les locaux ne disposant pas d'une aération naturelle, une ventilation assurant un débit de 25m3 par heure par occupant

La norme AFNOR NF X 35-102 conseille les surfaces minimales de bureau suivantes :

  • 10 m2 pour 1 personne, 12 m2 pour 2 personnes, 21 m2 pour 3 personnes
  • 32 m2 pour 4 personnes, 45 m2 pour 5 personnes, 10 m2 par personne pour un bureau occupé par 6 personnes ou plus

Par ailleurs la profondeur d'un local de travail doit être limitée à 6 mètres à partir de la surface de pénétration de la lumière du jour et la distance entre deux personnes en vis à vis doit être de 4 mètres minimum en l'absence de cloisons de séparation.

  • Couleurs des locaux de travail : mates ou satinées, claires pour les sols, les murs et le plafond
  • Ventilation, chauffage et climatisation assurant un confort thermique et hygrométrique optimal. Maintenance de l'unité de production et du réseau de distribution avec nettoyage des ventilo-convecteurs (filtres, batterie d'échangeurs, bac à condensation) une fois par an minimum
  • Salle isolée pour les machines bruyantes (imprimantes, photocopieuses) ou générant des produits irritants (tireuse de plan)
  • Le niveau sonore recommandé pour le travail de bureau doit être inférieur à 60 dBA mais il est souhaitable que le bruit de fond soit inférieur à 45 dBA. Pour mémoire, le seuil sonore dangereux pour l'audition est de 85 dBA.
  • Câblage hors-sol permettant l'orientation correcte des bureaux et des écrans (perpendiculaire aux fenêtres, en face de l'opérateur, loin d'un mur)
6.1.1.2 Conditions et niveau d'éclairage
  • Types d'éclairage :
    • éclairage de la pièce homogène : rapports de luminance adaptés (rapport entre l'éclairage de la zone de travail et l'éclairage de la pièce inférieur à 5)
    • éclairage naturel avec baies vitrées équipées de stores intérieurs à lamelles
    • éclairage indirect et halogène ou l'éclairage général modulaire avec graduateurs d'intensité
    • en cas d'éclairage fluorescent :
      • plafonniers équipés de grilles de défilement
      • homogénéité de la couleur des tubes
      • indice de rendu des couleurs >80 ; tons chauds
      • tubes fluorescents toujours par paire
      • absence de clignotement
  • L'éclairage minimum pour les locaux fixé par décret est de :
    • 40 lux pour les voies de circulation intérieure
    • 60 lux pour les escaliers et entrepôts
    • 120 lux pour les locaux de travail, vestiaires, sanitaires
    • 200 lux pour les bureaux
  • Mais l'Association Française de l'Eclairage recommande :
    • 150 lux pour les espaces de circulation
    • 300 lux pour un écran terminal d'ordinateur
    • 500 lux pour les bureaux

6.1.2. AMENAGEMENT DU POSTE DE TRAVAIL

6.1.2.1 Mobilier

Le mobilier doit être choisi et réglé en fonction des caractéristiques physiques de l'opérateur :

  • Les pieds reposent à plat ou sur un repose-pieds
  • Plan de travail suffisant, non réfléchissant, de couleur claire, permettant l'appui des mains et des avant-bras (80 à110 cm de profondeur)
  • Angle du coude = 90°, la main doit être dans le prolongement de l'avant-bras
  • Siège à piétement cinq branches à roulettes avec assise et dossier réglables
  • Porte-document placé à côté de l'écran, à la hauteur des yeux
6.1.2.2 Implantation de l'écran
  • Ecran de visualisation orienté perpendiculairement aux fenêtres, face à l'opérateur, afin d'éviter et éblouissements : l'opérateur ne doit pas recevoir la lumière du soleil dans les yeux ou sur son écran. Distance écran-fenêtre >1,5 m
  • Le poste de travail doit se situer entre les rangées de luminaires, et non directement sous un plafonnier
  • L'opérateur ne doit percevoir aucune source lumineuse dans un angle de 30° au dessus des yeux
  • Distance oeil-écran : 50 à 70 cm
  • Bord supérieur de l'écran à la hauteur des yeux : il est déconseillé de placer l'écran au dessus de l'unité centrale
  • Clavier éloigné du bord de la table de 10 à 15 cm. Epaisseur : 3 cm. Possibilité de repose-poignet pour le clavier et la souris
6.1.2.3 Choix du matériel informatique
  • Ecran de bonne qualité, antireflet, nettoyé régulièrement
  • Réglage de la luminosité
  • Privilégier l'affichage sur fond clair
  • Les filtres constituent une solution antireflet uniquement lorsque ceux-ci ne parviennent pas à être maîtrisés par une implantation correcte.

6.1.3. ORGANISATION DU TRAVAIL

6.1.3.1 Pauses
  • Les effets des contraintes visuelles, posturales et mentales se combinent pour entraîner fatigue visuelle, T.M.S. et stress. Afin de les prévenir, l'activité doit être régulièrement interrompue par des changements d'activité ou des pauses (article R4542-4 du Code du travail) : par exemple pauses de ¼ h toutes les 2 h ou de 5 mn toutes les 45 mn selon le type d'activité.
  • Des pauses fréquentes et courtes sont plus efficaces que des pauses longues et rares.
6.1.3.2 PSYCHODYNAMIQUE DU TRAVAIL
  • Direction participative avec définition d'objectifs et de délais réalistes
  • Enrichissement des tâches et optimisation de la charge de travail
  • Organisation du temps de travail
  • Organisation des circuits d'information et de communication
  • Qualité des relations interpersonnelles
  • Formation, plan de carrière
  • Attention portée à la qualité des locaux de mise à disposition chez le sous-traitant

6.1.4. AUTRES

  • Sécurité des locaux et des installations
  • Suppression du tabagisme passif

6.2. FORMATION - INFORMATION - SENSIBILISATION

  • Informations sur la prévention (tabagisme, gestes et postures)
  • Aménagement ergonomique des postes de travail
  • Utilisation optimale de l'éclairage et de la climatisation
  • Gestion des pauses et alternance des tâches

6.3. PREVENTION INDIVIDUELLE

  • Correction des amétropies et des hétérophories
  • Humidification des yeux
  • Hygiène de vie : activité sportive, contrôle du poids

7. REGLEMENTATION

7.1. TEXTES LEGISLATIFS ET REGLEMENTAIRES

  • Code du travail :
  • Autres textes :
    • Circulaire DRT 91-18 du 4 novembre 1991 relative à l'application du décret n°91-451 du 14 mai 1991 relatif à la prévention des risques liés au travail sur des équipements comportant des écrans de visualisation
    • Décret n°91-451 du 14 mai 1991 relatif à la prévention des risques liés au travail sur des équipements comportant des écrans de visualisation
    • Décret n°83-721 du 2 août 1983 (Article R.232-7 du Code du travail : Eclairage)
    • Circulaire n°10 du 29 avril 1980 relative à l'application de l'arrêté du 11 juillet 1977 fixant la liste des travaux nécessitant une surveillance médicale spéciale
    • Arrêté du 11 juillet 1977 fixant la liste des travaux nécessitant une surveillance médicale spéciale. Travail d'opérateur sur terminal à écran.

7.2. RECOMMANDATIONS - NORMES - ETIQUETAGE (Phrases de risque) et phrases de sécurité)

7.2.1. RECOMMANDATIONS DE LA CNAMTS :

  • Néant

7.2.2. NORMES (AFNOR)

  • NF EN ISO 13406-2. Mai 2002. Exigences ergonomiques pour travail sur écrans à panneau plat. Partie 2 : Exigences ergonomiques des écrans à panneau plat
  • NF EN ISO 9241-1. Mai 2001. Exigences ergonomiques pour le travail de bureau avec terminaux à écrans de visualisation (TEV). Partie 1 : Introduction générale
  • NF EN 1335. Juin 2000. Mobilier de bureau - Sièges de travail de bureau
  • NF EN 527-1. Mai 2000. Mobilier de bureau - Tables de travail de bureau
  • X 35-102. Décembre 1998. Conception ergonomique des espaces de travail en bureaux
  • NF EN ISO 9241-11. Juin 1998. Exigences ergonomiques pour le travail de bureau avec terminaux à écrans de visualisation (TEV). Partie 11 : lignes directrices concernant l'utilisabilité
  • NF EN ISO 9241-10. Septembre 1996. Exigences ergonomiques pour le travail de bureau avec terminaux à écrans de visualisation (TEV). Partie 10 : principes de dialogue
  • NF X 35-103. Octobre 1990. Ergonomie - Principes d'ergonomie visuelle applicables à l'éclairage des lieux de travail

8. BIBLIOGRAPHIE

AUTEURS : Pierrette Trilhe (médecin du travail) (CMIE) (75), Nicole Motsch (médecin du travail) (AMETIF) (95), Elisabeth Halter (médecin du travail) (ACIST) (94)
DATE DE CREATION : Octobre 2001
DERNIERE MISE A JOUR : Mars 2010

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